La sécheresse attirerait les orages

Durant la journée1, les orages se déclenchent plus fréquemment au-dessus des surfaces sèches entourées de zones humides qu’ailleurs. C’est ce que vient d’établir une équipe européenne2, associant en France le Centre national de recherches météorologiques (CNRM-GAME, CNRS/Météo-France), en passant au crible de l’analyse statistique dix ans de données satellites portant sur l’ensemble des continents.

© Françoise Guichard et Laurent Kergoat / CNRS

Selon cette étude publiée le 12 septembre 2012 sur le site de Nature, les modèles climatiques actuels ne rendent pas bien compte de ce phénomène et donnent même souvent des résultats inverses, ce qui est susceptible d’entacher d’erreurs leurs scénarios d’évolution des sécheresses. Il apparaît donc important d’améliorer la prise en compte de ce phénomène dans les modèles afin de mieux comprendre les évolutions climatiques à l’échelle régionale sur les continents.

L’humidité du sol influence les propriétés des basses couches de l’atmosphère à partir desquelles se forment les nuages. Mais son rôle dans le déclenchement des orages en journée est, lui, mal connu. Une équipe européenne vient d’établir qu’il existait un lien entre les variations d’humidité du sol sur une région et la genèse des orages qui la frappent. Pour parvenir à cette conclusion, les chercheurs ont procédé à une analyse très poussée des mesures de précipitations et d’humidité du sol effectuées sur l’ensemble du globe par les satellites pendant dix ans.

Pour chaque zone de 150 km de côté étudiée, les scientifiques ont d’abord recherché dans leurs jeux de données à haute résolution spatiale et temporelle (quelques dizaines de kilomètres et quelques heures), les régions et les dates où étaient survenus des orages. Puis, ils ont relevé à ces mêmes endroits l’humidité du sol dans les heures précédant le début des perturbations et ont comparé ces valeurs à celles mesurées, au même moment, quelques dizaines de kilomètres plus loin.

Grâce à un traitement statistique permettant de s’affranchir des caractéristiques propres au climat local, ils ont observé que sur les continents, les orages se développent en journée plus fréquemment au-dessus des surfaces sèches entourées de zones humides qu’ailleurs. Sur les sols semi-arides du Sahel ou de l’Australie, cette tendance est particulièrement marquée.

Par ailleurs, les chercheurs ont testé plusieurs modèles climatiques utilisés par le GIEC à l’échelle du globe. Ils ont alors découvert que les simulations réalisées ne sont pas capables de reproduire le phénomène observé à l’aide des satellites. Ce défaut est susceptible d’entacher d’erreurs les scénarios d’évolution des sécheresses obtenus grâce à ces modèles. Afin de mieux comprendre les évolutions climatiques à l’échelle régionale sur les continents, il paraît donc important d’améliorer la prise en compte de ce phénomène dans les modèles.


Notes :

1 Le jour est le moment au cours duquel les déclenchements d’orages sont les plus nombreux (par rapport à la nuit).
2 Sont également impliqués le Centre for Ecology and Hydrology (CEH, Royaume Uni), la Vienna University of Technology (VUT, Autriche), et le Vrije Universiteit Amsterdam (VUA, Pays Bas).

Références :

Afternoon rain more likely over drier soils. Taylor C. M., de Jeu R. A. M., Guichard F., Harris P. P., Dorigo W. A., Nature, En ligne le 12 septembre 2012.

Communiqué CNRS du 12/09/12

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Publié le 12 septembre 2012, dans Planète et Nature, Sciences-Technologies, et tagué , , . Bookmarquez ce permalien. 1 Commentaire.

  1. Je ne suis pas surprise … de toute facon la végétation est importante pour l’équilibre de la nature .. a quand vont t’ils comprendre

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