FUKUSHIMA / TCHERNOBYL : Des réserves « surnaturelles »

Un exemple de mutation homéotique: une drosophile Antennapedia (wikipédia)

Sur EURONEWS un article accompagné d’une vidéo indique : Vingt-six ans après la catastrophe de Tchernobyl, la nature se porte très bien. Ce sont les conclusions d’une nouvelle étude menée par des scientifiques de l’Université de Portsmouth et parue dans la revue scientifique Royal Society journal Biology Letters…

Pourtant un travail réalisé dans la zone interdite résultant de la collaboration de deux équipes américaines et d’une équipe ukrainienne (Baker et al, Nature vol. 380, 25 april 1996, p.707-708 ; département des sciences biologiques de Texas university, du Laboratoire d’écologie de Savannah River et de l’Agence internationale pour la recherche et le développement de Kiev), montre le contraire .

Niveaux élevés de changements génétiques chez les rongeurs de Tchernobyl

Baker et al comparent les changements génétiques intervenus depuis l’accident de Tchernobyl sur deux groupes de rongeurs. L’un comprend des spécimens très exposés vivant dans la zone très contaminée du site de Tchernobyl appelée la « forêt rousse » qui a particulièrement souffert de la contamination au point de changer de couleur, d’où son nom. Les rongeurs « exposés » vivent ainsi dans un environnement particulièrement radioactif, ont une nourriture extrêmement contaminée et sont eux-mêmes radioactifs.

L’autre groupe comporte des individus peu exposés gitant dans un endroit relativement peu contaminé à 32 km au sud-est du réacteur qui a explosé. Au départ il y a 9 rongeurs en tout de 2 espèces différentes (deux variétés de campagnols) pour le site de Tchernobyl, 10 rongeurs des deux mêmes espèces pour le site de contrôle et l’étude porte sur la progéniture.

Les auteurs étudient chez les descendants, les taux de substitution des paires de base affectant un gène particulier de mitochondrie (gène du cytochrome b de mitochondrie). Le taux de substitution affectant les séquences des « acides aminés du cytochrome b » des rongeurs irradiés de Tchernobyl est sans précédent dans les populations de mammifères étudiées jusqu’à présent alors que pour les rongeurs « contrôle » ce taux a un niveau de variation comparable à ce que l’on observe chez d’autres rongeurs.

Les taux de mutation/substitution sont 100 fois plus élevés que ce qui est trouvé généralement pour les mitochondries de vertébrés.

L’augmentation incroyablement élevée des taux de mutation/substitution observés dans la lignée ne peut pas être attribuée à une « immigration » de rongeurs venant de l’extérieur de la zone interdite.

Les auteurs soulignent combien les effets de la pollution résultant de Tchernobyl sont différents de ceux résultant des essais des armes nucléaires. Aux radiations se superposent les effets mutagènes des métaux lourds et des produits chimiques.

Ils concluent :

 » Les conséquences biologiques de l’accident de Tchernobyl ne peuvent pas être prédites de façon adéquate à partir des résultats antérieurs des études de laboratoire ou des investigations poussées des effets de Hiroshima et Nagasaki « .

Le zoologiste D. Hillis dans son commentaire insiste sur l’effet sans précédent qui est rapporté. Chaque rongeur adulte de Tchernobyl qui est examiné présente une séquence différente d’acides aminés (du cytochrome b). Cela n’avait été vu jusqu’à présent que chez des virus à ARN. C’est un résultat important du point de vue de la théorie de l’évolution. En fait, écrit D. Hillis  »des changements qui ont lieu sur des millénaires ont été comprimés sur quelques années « .

 » Les deux études, [de Dubrova et Baker], donnent un premier aperçu des effets génétiques des accidents nucléaires graves « .

Ces études  » vont stimuler une réévaluation des effets génétiques et autres effets d’une exposition à des déchets nucléaires (…). [Elles]  » laissent peu de doute sur le fait que les conséquences génétiques de l’accident de Tchernobyl sont importantes et dureront longtemps même si les causes, les mécanismes, la distribution, l’étendue et les effets phénotypiques des mutations sont mal connus « .

Insistons sur le fait que si le rôle exact sur la santé de ces mutations nouvelles est inconnu par contre on ne peut pas affirmer qu’elles n’auront aucun effet négatif sur la santé tant sur les descendants de la première génération que sur les générations à l’équilibre. Elles contribueront à accroître le fardeau génétique.

A  FUKUSHIMA:

Pendant plus de neuf mois, le photojournaliste Antonio Pagnotta est régulièrement entré dans la zone interdite autour de la centrale de Fukushima au Japon. Il y a rencontré un homme qui a refusé d’évacuer les lieux. Il vit sans eau, sans électricité , et à fait l’objet d’un reportage sur le blog Médiapart 

Abeilles de Fukushima ( photo Antonio Pagnotta )

Mieux que toutes les études faites par les scientifiques envoyés sur place et souvent financées par des organismes pronucléaires , qui font passer le message indiquant que les zones contaminées à Tchernobyl comme à Fukushima  seraient devenues de véritables réserves naturelles , où la nature aurait repris ses droits . Son  constat d’homme de la terre est sans appel : « Avant j’avais trente ruches, mais depuis l’accident nucléaire, il ne m’en reste que deux et les abeilles y produisent peu de miel. ».

Ainsi l’ ACRO dans son compte rendu d’actualité sur le Japon écrit :

• Même s’il est encore trop tôt pour tirer des conclusions définitives sur l’impact de la pollution radioactive à Fukushima, une première étude montre une baisse du nombred’oiseaux et de certains insectes (papillons, cigales) dans les zones les plus contaminées. Le nombre de bourdons, libellules et sauterelles ne semble pas affecté pour le moment et le nombre d’araignées est en hausse. Un des auteurs prédit que ces espèces vont aussi diminuer dans l’avenir, comme cela a été le cas autour de Tchernobyl (il n’y a pas de cigales à Tchernobyl).
Les populations animales des petits mammifères, reptiles et amphibiens ont aussi fortement diminué dans les zones très contaminées de Tchernobyl : en certain lieu peu contaminés de la zone interdite, il y a eu une augmentation, mais dans les zones très contaminées, la baisse est flagrante. Il est donc faux, s’insurge un des auteurs, de qualifier la zone interdite de réserve naturelle.

Sources : EuronewBlog Médiapart , ACRO , Dissident-media.org via Fukushima-informations.fr

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Publié le 1 août 2012, dans Planète et Nature, Société, et tagué , , , , , , , , , , , . Bookmarquez ce permalien. Commentaires fermés sur FUKUSHIMA / TCHERNOBYL : Des réserves « surnaturelles ».

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