Une tempête solaire peut-elle nous faire disjoncter ?

(Credit photo : Nasa Goddard Photo and Video)

Une tempête solaire, c’est une charge électrique qui frappe la Terre et peut perturber le réseau électrique. Quand la prochaine aura-t-elle lieu ? Pour quel impact ? Les scientifiques bûchent.

Les tempêtes solaires, c’est joli ! Lorsqu’elles se déchaînent, elles provoquent des aurores boréales, dont les habitants des pôles admirent les effets nacrés ondulant dans le ciel. Mais la nature même de ces phénomènes – imaginez un coup de fouet électriquement chargé, partant du soleil pour venir frapper la Terre – commence à inquiéter les scientifiques. En temps normal, ces serpents électriques solaires sont déviés par le champ magnétique terrestre. Mais lorsqu’ils sont trop puissants, ils traversent cette barrière protectrice et provoquent, au mieux des aurores boréales, au pire une véritable pagaille dans nos réseaux électriques. Le souci ? Nos sociétés sont bien trop dépendantes des réseaux électriques, rappelait récemment dans Nature Mike Hapgood, directeur de recherche au Laboratoire Rutherford Appleton, en Grande-Bretagne.

Trop dépendants aux réseaux électriques

Pour s’en convaincre, il suffit de s’attarder quelques instants sur l’enchevêtrement de lignes à haute tension qui quadrillent l’Europe.

Et ailleurs dans le monde ?

En Amérique du Nord, en Afrique ou en Asie, de semblables réseaux tentaculaires couvrent la Terre, nous confirment les cartes mises en ligne par le Global Energy Network Institute. En la matière, la question n’est pas tant de savoir comment empêcher les tempêtes solaires de se produire – c’est impossible -, mais de savoir si les systèmes électriques sont prêts à les affronter. « Il est désormais requis que les nouveaux transformateurs puissent résister aux conditions subies en 1989 », écrit Mike Hapgood. 1989 ? C’est la date de la dernière grande tempête solaire moderne.

6 millions de Québécois sans électricité

Cette année-là, à la suite d’une éruption solaire, une protubérance de plasma grosse comme 36 fois la Terre avait éclaté, expédiant son contenu de particules électriques dans l’espace, à la vitesse d’1,6 million de kilomètres par heure – pour comprendre, imaginez les dégâts provoqués par une casserole de purée laissée sur le feu, décuplés quelques milliards de milliards de fois, ou visualisez la vidéo ci-dessous :

Le 13 mars – tout triskaïdékaphobe qui se respecte s’en souvient -, ce coup de fouet solaire avait atteint la Terre. Sten Odenwald, un astrophysicien de l’Université catholique d’Amérique, à Washington, a décrit dans un ouvrage les répercussions de cette colère solaire : des aurores boréales visibles dans des régions à basse latitude comme le Texas ou Cuba. Une lumière rouge rayonnant de nuit dans de nombreuses régions du monde, certaine personnes allant même jusqu’à penser qu’une guerre nucléaire avait commencé. Des satellites victimes de sérieux pépins électroniques. Enfin, une surcharge électrique impressionnante qui a touché tous les réseaux électriques d’Amérique du Nord et d’Europe du Nord, a détruit le transformateur d’une centrale nucléaire dans le New Jersey, aux Etats-Unis et, pis, fait sauter le réseau électrique québécois, plongeant 6 millions de personnes dans le noir pendant plus de 9 heures ! Le Québec a alors banqué : près de 2 milliards de dollars (1,6 milliard d’euros) de manque à gagner du fait de cet arrêt brutal de l’économie. Les agences spatiales, elles, ont paniqué : elles ont temporairement perdu le contact avec de très nombreux satellites.

« Nous devrions nous préparer pour la tempête du millénaire »

Les transformateurs électriques sont donc désormais préparés à ça. Rassurés ? Pas vraiment. Car la catastrophe de Fukushima et son lot d’enseignement en matière de risques sont passés par là.« Le tremblement de terre et le tsunami japonais montrent les dangers lorsqu’on se prépare à faire seulement face à des événements semblables à ceux des dernières décennies. Au lieu de cela, nous devrions nous préparer à l’éventualité d’une tempête comme on n’en voit qu’une fois tous les mille ans », poursuit le chercheur britannique. Sans remonter mille ans en arrière, arrêtons-nous seulement en 1859. Le 28 août, une tempête solaire bien plus puissante encore frappait la Terre et secouait les systèmes télégraphiques électriques, tout juste naissants, un peu partout dans le monde. Les courants qui parcouraient les fils étaient si forts que des feux se déclenchèrent dans les bureaux télégraphiques !

1859-2012 : on imagine sans peine la différence entre l’étendue des réseaux télégraphiques d’alors et celle de nos réseaux électriques d’aujourd’hui. En plus du chaos causé sur les réseaux électriques pendant plusieurs semaines, voire mois, les réseaux de géolocalisation, dont dépendent entre autres les communications, le transport, les banques, seraient eux aussi largement affectés. En 2008, un rapport de l’Académie nationale des sciences chiffrait les impacts sociétaux et économiques d’une tempête solaire majeure. Bilan : entre 1 000 et 2 000 milliards de dollars (quelque 15 à 20 fois plus que pour l’ouragan Katrina) à mettre sur la table ne serait-ce que la première année après la catastrophe. Et un événement dont il faudrait entre quatre et dix ans à se remettre…

Cinquante ans de retard en terme de modélisation des risques

Face à l’éventualité d’une telle catastrophe, la Nasa a lancé en 2010 le programme Solar Shield (bouclier solaire). Le but : repérer les points faibles du réseau électrique nord-américain, et mieux coordonner la protection de ce réseau en cas de tempête solaire – qui met entre 24h et 48h à parvenir sur Terre après son déclenchement. En clair : apprendre à se préparer pour un orage solaire, sans savoir quand il passera exactement, ni quelle sera son intensité. L’Agence spatiale américaine est d’autant plus en éveil depuis qu’elle a annoncé ses « prévisions solaires » : comme le temps a ses saisons, le soleil aussi, et celui-ci devrait montrer un pic d’activité en mai 2013.

Le hic ? En terme de modélisation de ces tempêtes solaires, tant au niveau du phénomène que des risques, les spécialistes dénoncent un retard de plus de cinquante ans. Difficile, dans ce cas, de prévoir les répercussions… Et de répondre aux plus pessimistes qui, sur la toile, voient dans la prochaine tempête solaire un cataclysme nucléaire pointer son nez. Car qui dit arrêt des réseaux électriques, dit aussi coupure de l’alimentation des centrales. Les alimentations de secours par groupes électrogènes sauront-elles prendre le relais ? L’alimentation en eau de refroidissement se poursuivra-t-elle ? L’Entsoe, le réseau européen des gestionnaires de transport de l’électricité, a commencé à analyser les risques européens sur le réseau électrique, et les éventuelles répercussions sur les activités liées, comme le nucléaire. Affaire à suivre…

Sources : TerraEco via TerreSacrée.org

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Publié le 30 mai 2012, dans Astronomie-Espace, Société, et tagué , , , . Bookmarquez ce permalien. Commentaires fermés sur Une tempête solaire peut-elle nous faire disjoncter ?.

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