30 mai 1431. Jeanne d’Arc est brûlée pour avoir enfilé un pantalon.

30 mai 1431. Jeanne d’Arc est brûlée pour avoir enfilé un pantalon. Quel tour de Cauchon !

Si les Anglais brûlent Jeanne, c’est comme relaps. En effet, elle n’a pas tenu sa promesse de ne plus s’habiller en homme.

30 mai 1431. Jeanne d'Arc est brûlée pour avoir enfilé un pantalon. Quel tour de Cauchon !© DR

Quand Marine Le Pen enfile un jean, sait-elle, la malheureuse, la grande peine qu’elle fait à sa sainte patronne, Jeanne d’Arc ? Car si les Anglais la font brûler comme hérétique le 30 mai 1431, ce n’est pas parce qu’elle a entendu des voix ou pour toute autre entorse à la religion. Pas du tout. Son crime est pire que cela : elle s’est à nouveau habillée comme un homme, malgré la promesse de ne plus le faire. Elle est brûlée pour avoir enfilé un pantalon !

Pour bien comprendre le piège dans lequel est tombée la jeune Pucelle, remontons au 24 mai, quand les juges ecclésiastiques effraient la pauvre gosse de 19 ans en la traînant au cimetière Saint-Ouen de Rouen pour organiser un simulacre de bûcher. Terrorisée, Jeanne reconnaît ses fautes et, en échange de la promesse d’être transférée de sa prison tenue par des soudards dans une prison ecclésiastique, elle signe (curieusement d’une croix, alors qu’elle sait parfaitement écrire) tout ce qu’on veut : elle reconnaît ne pas avoir entendu de voix, abjure ses erreurs et se soumet à l’autorité de l’Église. Elle s’engage également à ne plus s’habiller en homme. Pourquoi diable une telle demande ? Elle ne se pose même pas la question, ne pouvant pas imaginer le piège machiavélique ourdi par ce cochon de Cauchon. Obéissante, le soir même, Jeanne va chez Zara pour s’offrir un petit ensemble très sexy. La réalité est moins enchanteresse : les Anglais lui jettent quelques frusques féminines dont elle se vêt.

« J’aimerais mieux être décapitée sept fois »

Le dimanche matin, le 27 mai, elle demande à ses gardes anglais de lui enlever ses chaînes pour pouvoir se lever. L’un d’eux se précipite sur elle, mais c’est pour lui arracher ses habits de femme, la laissant nue. Les autres lui lancent ses habits d’homme, qui avaient été conservés dans un sac. Elle refuse de les enfiler : « Messieurs, vous savez qu’il m’est défendu : sans faute, je ne le prendrai point. » Ceux-là se contentent de ricaner. Durant toute la matinée, elle reste aussi peu vêtue qu’une nudiste sur l’île du Levant. Vers midi, dame Nature lui rappelle que même une future sainte doit satisfaire à certains besoins. Comme il n’est pas question de sortir dans la tenue d’Ève, elle se résout à enfiler ses habits d’homme pour « nécessité de corps ». Quant elle réintègre sa geôle, elle a beau pleurer et supplier, les Anglais refusent de lui rapporter sa jupe. La voilà donc retombée dans son hérésie…

On l’a compris, tout cela avait été prémédité par Pierre Cauchon, l’évêque de Beauvais. Celui-ci s’empresse de la convoquer devant le tribunal ecclésiastique, le mardi 29 mai, pour la faire condamner comme relapse. Normalement, la sentence aurait du être prononcée par le tribunal séculier. Mais le bougre n’a pas envie qu’on lui sabote sa stratégie, aussi squeeze-t-il cette étape et envoie-t-il un moine, frère Martin Ladvenu, annoncer la sentence à Jeanne dès le lendemain matin. Nous sommes donc le mercredi 30. La pauvrette est effondrée.

Elle pleure, interpelle le moine : « Hélas ! me traite-t-on ainsi horriblement et cruellement qu’il faille que mon corps net et entier, qui ne fut jamais corrompu, soit aujourd’hui consumé et rendu en cendres ! Ah ! j’aimerais mieux être décapitée sept fois que d’être ainsi brûlée. Hélas ! si j’eusse été en la prison ecclésiastique à laquelle je m’étais soumise et que j’eusse été gardée par des gens d’Église, non pas par mes ennemis et adversaires, il ne me fût pas si misérablement méchu comme il est. » Paroles rapportées par frère Jean Toutmouillé (sic) qui accompagne Ladvenu. À croire qu’il a un magnétophone dans sa capuche. Jeanne se confesse, puis reçoit les derniers sacrements. Ce qui est plutôt curieux dans la mesure où elle est excommuniée et déclarée hérétique. Au chanoine Pierre Maurice, elle demande : « Maître Pierre, où serai-je ce soir ? » Et lui de répondre, sans se mouiller : « N’avez-vous pas espoir en Dieu ? » Elle lui répond que, Dieu aidant, elle sera probablement au paradis. Mais elle a beau tendre l’oreille, cette fois elle n’entend pas de voix pour confirmer son espoir…

« Jésus, Jésus »

Menée par le bourreau, Geoffroy Thérage, encadrée par huit cents hommes de guerre anglais ayant haches et glaives, Jeanne d’Arc est conduite sur la place du Vieux-Marché où le bûcher est dressé. Tout au long du chemin, le moine Ladvenu et d’autres lui font sermon. Elle pleure, se lamente. La plupart des hommes d’Église qui l’accompagnent ainsi que nombre d’Anglais sont gagnés par la compassion. En chemin, elle réclame une croix, qu’un paysan lui fabrique avec deux morceaux de bois. Elle la glisse dans son corsage. À l’arrivée sur place, le bourreau a du mal à attacher Jeanne au poteau entouré de fagots, car il est placé plus haut que d’habitude. Elle demande alors à Ladvenu et à un autre moine nommé Isambart de La Pierre de tenir un crucifix devant elle.

Elle gémit à plusieurs reprises : « Jésus, Jésus. » Est-il sourd ? La foule est émue. Un soudard anglais qui avait promis d’être le premier à mettre un fagot dans le bûcher est frappé par la grâce. Le bourreau, qui ne fait que son boulot, met le feu sous les fagots. Une lourde fumée âcre s’élève, entoure la jeune femme qui s’entête à appeler Jésus. Bientôt, la fumée la cache aux yeux de tous. Elle meurt probablement asphyxiée. Les Anglais demandent au bourreau de pousser en arrière les fagots pour que le corps de Jeanne en train de brûler soit visible de tous. Qu’un petit plaisantin ne vienne pas par la suite raconter qu’elle n’est pas morte brûlée. Quand le feu s’éteint, il lui reste encore quelques morceaux bien saignants, notamment le coeur, étrangement intact selon plusieurs témoins. Le feu est rallumé une deuxième fois pour réduire tout cela en cendres, puis un troisième. Enfin, acte ultime, pour que personne ne vienne récupérer les cendres en guise de reliques, le cardinal de Winchester demande au bourreau de les répandre dans la Seine. Ainsi meurt Jeanne, pour un pantalon.

C’est également arrivé un 30 mai

2007 – Jean Claude Brialy décède des suites d’un cancer, à l’âge de 74 ans.

2001 – Roland Dumas est condamné en première instance à une peine de six mois de prison dans le cadre de l’affaire Elf-Aquitaine.

1998 – Un séisme de 7,1 sur l’échelle de Richter secoue l’Afghanistan et fait plus de 5 000 victimes.

1990 – La France interdit l’importation de viande de bœuf britannique par crainte de la vache folle.

1954 – Le Tchèque Emil Zátopek bat le record du monde du 5 000 mètres à Colombes.

1901 – Edmond Rostand, l’auteur de Cyrano de Bergerac, est élu à l’Académie française.

1861 – L’inconnu de 35 ans Charles Garnier remporte à l’unanimité le concours du nouvel Opéra de Paris.

1832 – Le mathématicien Évariste Galois, 20 ans, est mortellement touché lors d’un duel au pistolet.

1814 – Le premier traité de Paris ramène la France à ses frontières de 1792, après la défaite de Napoléon Ier exilé sur l’île d’Elbe.

1778 – Décès de Voltaire à Paris, à l’âge de 83 ans.

1631 – Théophraste Renaudot, médecin du roi, publie le premier numéro de la Gazette de France.

Par Frédéric Lewino et Gwendoline Dos Santos – Le Point.fr

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Publié le 30 mai 2012, dans Enigmes historiques, et tagué , , , , , . Bookmarquez ce permalien. 2 Commentaires.

  1. 🙂
    Y a plein de choses arrivées un 30 mai 🙂
    Bisous Maxine

    • Lol! J’espère que tu as passé une trés belle journée! Et occupe toi bien du
      « bébé », 2 c’est du boulot 😉

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