Quand la neurologie étudie les expériences mystiques

Quand la neurologie étudie les expériences mystiques

 

La perception du divin altère les ondes cérébrales  du sujet qui en fait l’expérience. Comment s’explique la modification de son  activité neuronale?

L’ambition d’utiliser la science ou la psychiatrie pour trancher  définitivement avec la question de l’existence de Dieu et de la réalité d’une  dimension spirituelle ne date pas d’hier. En revanche, la neurothéologie, qui se  consacre à l’étude des transmissions cérébrales propres aux états de révélation  et de transes mystiques, est relativement récente. La première investigation  sérieuse sur la question fut publiée en 1994, sous la plume de l’éducateur  américain Laurence Oliver McKinney*.

A sa suite, le docteur américain James Austin fournit des résultats de  recherches en 1998**, qui décrivent avec précision les altérations neurologiques  que l’on observe chez les sujets qui se prétendent en « état de contemplation  divine », « de fusion avec le cosmos infini », ou témoins d’une révélation  religieuse.

Thèse et antithèse

Le débat soulève les passions, matérialistes versus croyants: est-ce le  dérangement cérébral simultané à ces états modifiés de conscience qui en est la  cause, ou n’existerait-il pas, au contraire, une origine divine qui provoquerait  les changements nécessaires pour rendre sa perception possible dans le cerveau  du sujet?

La quête d’un homme: Carl Gustav Jung

Le psychiatre suisse Carl Gustav Jung a consacré l’oeuvre de sa vie à cette  question: si la spiritualité et les manifestations qui l’accompagnent étaient  réservées en exclusivité à des délires de type psychotiques, d’où viendrait  l’impossibilité de trouver une seule culture ou civilisation qui ne se soit pas  construite sur la base, précisément, de ces révélations divines?

Précurseur de la neurothéologie

D’après le psychiatre suisse, le mystique percevrait comme extérieur à lui  quelque chose qui émergerait au-dedans de sa conscience. Il projetterait alors  une pré-connaissance psychique, domaine de l’inconscient collectif, par le  mécanisme propre au Soi, le Soi étant défini par Jung comme le principe divin  qui relie le centre de chaque inconscient individuel à l’espace archétypal  collectif de l’humanité. Toutes les informations ayant trait à la vie de l’homme  sur Terre et à son potentiel d’évolution en formeraient le domaine.

Observation cérébrale du nirvana

Pendant un état de transe mystique, l’activité de l’amygdale cérébrale est  mise hors-circuit par un changement de route neuronale qui paralyse la sécrétion  d’adrénaline, bloquant ainsi tout processus de stress, d’angoisse et de peur du  sujet, en y substituant un état exceptionnel de calme, de paix intérieure et de  tranquillité, désigné par le terme de nirvana dans la religion hindouiste,  d’extase divine dans le christianisme, ou encore de fusion avec le « grand tout »  dans le chamanisme.

La dissolution de l’égo

La répression de l’activité du lobe pariétal, responsable de notre  orientation dans l’espace, ainsi que de la conscience d’exister en tant  qu’individu séparé des autres, accompagne le même phénomène. De là viendrait le  sentiment de dissolution de l’égo, base de l’illumination spirituelle orientale,  ainsi que la disparition du soi dans l’amour du Christ, relatée par les  mystiques chrétiens tels que Maître Eckhart.

Interprétation neurothéologique

Selon les rapports d’études* de ce nouveau courant d’investigation, la seule  chose que fait le chercheur en neurologie consiste à identifier le  fonctionnement cérébral des expériences mystiques. Une métaphore** en serait  celle d’une émission retransmise par un poste de télévision, dont la réalité  existe bien, dans un autre espace-temps, lors de son enregistrement visuel et  sonore, réalité pourtant inaccessible pour le téléspectateur qui pourrait  croire, à l’image de certains peuples indigènes, que les personnages et les  événements se déroulent et sont produits dans et par l’écran.

Résultats de recherche

Les sujets observés ayant fait l’objet d’évaluations psychiatriques  rigoureuses pour écarter toute possibilité d´état psychotique patent ou latent,  une fois comparés à un échantillon représentatif de population, dit « témoin »,  chez lequel aucun état mystique ne s’est jamais présenté, montrent des ondes  cérébrales normales et semblables en dehors de leurs périodes extatiques. Rien  dans leur lobe pariétal ni dans leur amygdale ne révèle la trace de  dysfonctionnement ou d’anomalie.

Les révélations religieuses ne s’expliquent pas

D’où la conclusion qu’il est impossible de prouver que le cerveau humain  donne à percevoir, dans le champ de la conscience d’un sujet, une dimension  spirituelle dont on puisse expliquer la racine grâce à son seul examen  organique. On en enregistre les altérations, au cours des expériences de transe,  mais on ne trouve pas, jusqu’à ce jour, de cause médicale ou scientifique qui  explique l’existence en soi de ces phénomènes, dont on sait qu’ils se  reproduisent sur les cinq continents depuis que l’être humain est capable d’en  fournir le récit.

La réduction matérialiste qui consiste à prétendre que l’existence de Dieu  serait « localisable » dans le cerveau humain est insoutenable, selon les  résultats de recherche de nombreux neurologues***.

Les résultats de la neurothéologie prétendent, au contraire, qu’il est  difficile d’expliquer les expériences mystiques, sans postuler l’existence d’une  dimension spirituelle qui ne soit pas seulement le produit de l’imaginaire  collectif de l’humanité. Elle existerait, selon eux, dans la création de  l’univers en tant que telle.

*Neurotheology: Virtual Religion in the 21st Century, de Laurence  Oliver McKinney, éditions American Institute for Mindfulness, 1994.

**Zen and the Brain, Toward an Understanding of Meditation and  Consciousness, de James Austin, éditions MIT press, 1998.

*** Vers une compréhension scientifique des vécus mystiques, revue Año  Cero, éditions América Iberica, Año XIV n°8, pages 40-44.

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Publié le 30 janvier 2012, dans Mystères, Sciences-Technologies, Spiritualité - Religions, et tagué , , , , , , , . Bookmarquez ce permalien. Commentaires fermés sur Quand la neurologie étudie les expériences mystiques.

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