Les clopes et la coke de Ramsès II

 

Scandale dans les milieux archéologiques ! En 1976, lors de la restauration de la momie de Ramsès II à Paris, on découvre des brins de tabac fossile dans le thorax du pharaon et des traces de cocaïne dans ses narines. Ce n’est pas la première dépouille de roi ou de prêtre de l’ancienne Egypte présentant ces caractéristiques. Mais auparavant, les quantités étaient infinitésimales. Et on les attribuait à une pollution moderne, sans chercher plus loin.

Mais Ramsès II le Grand n’est pas un quelconque roitelet ordinaire. C’est un personnage de légende. Connu du grand public. L’info ne peut être retenue bien longtemps. Les média s’en mêlent. Une polémique s’amorce.
“Impossible !” clame le gratin autoproclamé de l’égyptologie.
“Supercherie !” hurlent les caciques universitaires cooptés.
“Jobardise !”glapissent les arrogants rats de bibliothèques et plus encore leurs disciples autistes, véritables chiens de garde du Dogme.

Jusqu’à ce qu’en 1996 (après vingt ans de réflexion tout de même !) Christiane Desroches-Noblecourt, égyptologue de réputation internationale, confirme les faits.
Cette fois, les cuistres académiques sont le dos au mur. Les sarcasmes et les regards obliques ne les tireront pas d’affaire !

Des analyses incontournables

Une première étude botanique de la momie effectuée par Michèle Lescot, spécialiste en anatomie végétale au laboratoire du Muséum d’histoire naturelle de Paris confirme l’impensable : le tabac, plante originaire d’Amérique centrale qu’on disait ne pousser nulle part ailleurs avant le temps des conquistadors, était pourtant connu en Egypte !

Qui plus est, le docteur Steffan, expert au laboratoire d’entomologie du même Muséum, découvre dans des échantillons du baume de la momie, la présence d’un coléoptère endémique parasite du tabac américain. Après quoi, d’autres échantillons sont envoyés au professeur Metcalfe, un chercheur britannique mondialement connu pour ses travaux sur les structures végétales. Lui aussi confirme la présence de tabac typiquement américain à l’intérieur de la momie.

Exit donc l’hypothèse un temps formulée par les conformistes d’une variante de tabac africain inconnu qui aurait disparu depuis… Une plante produisant un alcaloïde proche de la nicotine poussant en Namibie, à plus de 6.000 Km de là à vol d’oiseau, ayant été présentée comme un “descendant” possible.

Exit également l’hypothèse saugrenue d’une momie contaminée par un explorateur tabagique. Le tabac a été daté au radiocarbone par des labos britanniques et allemands. Et il a, à peu de choses près, le même âge que la momie. L’isotope C 14 apporte une réponse formelle.

Une autre explication embarrassée des “spécialistes”

D’abord assommés, les traditionalistes se sont vite ressaisis, expliquant que ce tabac ne pouvait provenir d’Amérique puisqu’on ne la connaissait pas avant Christophe Colomb (sic) mais… d’Océanie ! Via des caravanes chinoises. Réaction de psychorigides déplaçant sans vergogne le problème pour ne pas avoir à réviser leur sacro-saint dogme.

En fait, si des navigations régulières de la Chine vers la Polynésie paraissent peu plausibles à cette époque, des expéditions ponctuelles ne peuvent être exclues. Mais les conditions de mer sont rudes, en raison des vents dominants, des typhons et des cyclones.

Que certaines proto-jonques s’y soient risquées, pourquoi pas ? Les Austronésiens l’ont bien fait avec leurs pirogues et, avant eux, d’autres peuples dès la préhistoire. Mais cela ne suffit pas à établir l’existence de relations commerciales régulières. Car la plupart des atolls sont très bas sur l’eau, perdus au milieu de l’immensité, donc très difficiles à découvrir ou à retrouver.

Quand bien même, à supposer que les Chinois aient découvert la Polynésie il y a 4.000 ans, ils n’y ont laissé aucune trace. Et ils n’en parlent dans aucun récit. Or les capitaines consignaient méticuleusement dans leurs livres de bord tous les détails de leurs expéditions, à l’attention de leurs commanditaires.

Enfin, comment auraient-ils eu l’idée d’exporter vers l’Égypte (à dos de chameau ?) des ballots d’une « plante-qui-ressemble-au-tabac » (sic) un produit dont ils ne voyaient pas l’utilité, et dont il ne font mention nulle part ? Un produit également ignoré des Indo-Aryens et des Assyriens, pourtant intermédiaires quasi obligés dans ce genre de transactions.

Des affirmations de plus en plus discutables

Après l’effondrement de la thèse du “tabac océanien livré par des Chinois”, nos doctes égyptologues de boudoir prétendirent que la voie atlantique était impossible parce que « les égyptiens ne savaient pas naviguer ». La bonne blague ! Ces savants casaniers ignoraient que le tour de l’Atlantique est une promenade de santé si on l’effectue aux bonnes périodes : départ entre octobre et février poussé par les alizés de nord-est et le courant, retour vers mai-juin, avant la saison des cyclones, en bénéficiant du gulf stream jusqu’en mer des Sargasses, puis des vents portants des dépressions atlantiques alors relativement atténuées.

Nos égyptologues à œillères ne veulent même pas envisager la possibilité que les Égyptiens pouvaient affréter des navires phéniciens armés pour la navigation hauturière. Ces voiliers menés par des équipages particulièrement compétents étaient au service du plus offrant. Plusieurs pharaons les ont d’ailleurs utilisés pour diverses expéditions comme le tour de l’Afrique et le commerce au delà du détroit de Gibraltar.

Défoncés à la coke, les pharaons ?

De toute façon, cette dénégation aux arguments fragiles ne peut s’appliquer aux fortes traces de cocaïne relevées par le docteur Svetlana Balabanova, toxicologue et médecin légiste de l’université de Berlin, sur les momies de la grande prêtresse Hénoubtaoui et de quelques monarques de l’ancienne Egypte. La coca d’où cette drogue est extraite ne pousse qu’en Amérique du sud.

Quant à l’éventualité d’une contamination extérieure contemporaine, elle doit être exclue. De même que la possibilité qu’il s’agisse de fausses momies de facture récente, destinées à alimenter les trafics d’antiquités… Les circonstances de la découverte, l’état des bandelettes, les inscriptions excluent toute supercherie. Et des tests probants en médecine légale ont été appliqués.

La chromatographie en phase gazeuse couplée à la spectrométrie de masse est une science exacte qui a fait ses preuves en toxicologie. Or on a retrouvé ces drogues dans les ongles et les cheveux des momies, en quantité suffisante et intégrées de telle manière qu’on puisse certifier leur introduction dans l’organisme du vivant des sujets.

Source et suite

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Publié le 30 novembre 2011, dans Civilisations, et tagué . Bookmarquez ce permalien. Commentaires fermés sur Les clopes et la coke de Ramsès II.

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